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«Commerce : une farce au G7 ?»
information fournie par Le Cercle des économistes 11/06/2018 à 09:20
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"Trump confirme à la fois sa propre volatilité et le glas du soutien américain en faveur du multilatéralisme." (crédit : Gage Skidmore / Flickr)

"Trump confirme à la fois sa propre volatilité et le glas du soutien américain en faveur du multilatéralisme." (crédit : Gage Skidmore / Flickr)

Donald Trump a torpillé le sommet du G7. Dans la nuit de samedi à dimanche, le président américain a retiré la signature des Etats-Unis du communiqué commun, difficilement négocié pendant deux jours par les dirigeants du club des nations industrielles. Quelle réponse doit apporter l’Europe ? Christian de Boissieu défriche les pistes souhaitables.

Ce G7 de Charlevoix au Québec est un fiasco, difficile à imaginer même dans des scènes d’économie fiction…

Le communiqué final de ce sommet, concocté dans la douleur, est, comme la plupart des communiqués du G7 ou du G20, pavé de bonnes intentions qui, en règle générale, ont en commun leur grand écart vis-à-vis du réel. «Nous poursuivons la lutte contre le protectionnisme… Nous nous efforçons de réduire les obstacles tarifaires, les obstacles non tarifaires et les subventions.»

Dans la chaleur des rencontres de Charlevoix, Donald Trump avait, dans un premier temps, accepté de signer ce texte, en pleine contradiction avec ses propres propos répétés et avec les «obstacles tarifaires» imposés unilatéralement par les Etats-Unis sur l’acier et l’aluminium, demain peut-être sur les voitures, etc. En retirant finalement la signature américaine du communiqué, sous prétexte d’une agression verbale de Justin Trudeau, Trump confirme à la fois sa propre volatilité et le glas du soutien américain en faveur du multilatéralisme.

Coopération internationale en miettes

Au bout du compte, le G7, déjà mal en point, a probablement perdu le peu qu’il lui restait de crédibilité. La coopération internationale est en miettes, au moment même où elle est encore plus nécessaire au nom de la lutte contre le terrorisme et l’insécurité, politique comme économique. Dans un tel contexte, que doit faire l’Europe au lendemain de Charlevoix ?

D’abord, rester unie. Au Québec, le couple franco-allemand est demeuré solidaire. Les forces centrifuges ne manquent pas. La nouvelle équipe italienne rejoint Trump sur plusieurs thèmes, y compris sur la nécessité de relancer le G8 (le G7 plus la Russie). A la fin, l’Italie a rejoint ses partenaires européens. Pour combien de temps ? Bruxelles et les Allemands devront accepter quelques compromis sur les finances publiques italiennes car nous avons besoin « d’embarquer » l’Italie dans la relance de l’Europe.

L’autre défaut dans la cuirasse européenne, exploité sans doute avec délice par Trump, tient au Brexit et aux difficiles négociations en cours. A Charlevoix, Madame May avait-elle vraiment la tête à se préoccuper des grands enjeux du monde ? Il faut faire avec le Brexit, mais renforcer en même temps la coopération dans tous les domaines avec le Royaume-Uni.

Avancer sur les sujets essentiels

Ensuite il faut, pour les Européens, avancer sur les sujets essentiels, qu’il s’agisse du climat, de l’Iran et de la sureté nucléaire… Progresser sans les Etats-Unis, cela suppose de mettre la Chine de notre côté. Le défi est de taille, car Trump nous a déjà devancés dans cette opération séduction. Mais il n’est quand même pas trop tard. A nous de savoir intensifier dans les mois qui viennent le dialogue et les accords euro-chinois.

De plus, il faut savoir les limites de la tactique amicale avec Trump, qui pratique avant tout le rapport de forces. La visite à Washington d’Emmanuel Macron, son entretien avec Trump à Charlevoix, ont-ils été « payants » ? Au vu des résultats, pas vraiment. Nous ont-ils permis d’éviter le pire ? Peut-être. C’est dans la durée que nous pourrons évaluer l’efficacité du positionnement français.

Enfin, tirer les leçons de Charlevoix. En réformant l’OMC, aujourd’hui en mal de légitimité et d’efficacité. Cela est prévu dans le communiqué de samedi, mais en avançant le thème de l’équité : «Nous nous engageons à moderniser l’OMC pour la rendre plus équitable dans les plus brefs délais.» Passons enfin des paroles aux actes. Une autre leçon de Charlevoix concerne le format de la concertation internationale. Dès la relance du G20 à la fin de 2008, j’avais posé la question : quel sens cela a-t-il de conserver le G7, donc d’aborder les grands sujets mondiaux sans associer, dès le départ, les grands pays émergents (Chine, Inde,…) ? Le G7, même redevenu G8 le jour où la Russie sera de nouveau admise, n’est plus du tout le bon format. Après Charlevoix, le G7 est, de fait, moribond. Vive le G20 !

Christian de Boissieu, vice-président du Cercle des économistes, professeur émérite à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

4 commentaires

  • 11 juin 10:00

    Ça doit être dur d'être gouverné par un génie de la dimension de Trump. Je plains les américains.


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